POUR ALLER VITE, IL FAUT ALLER LENTEMENT
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28 avril: Je m'explique

4/28/2013

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"Pour aller vite, il faut aller lentement", dis-je. Est-ce que c'est la même chose que "rien ne sert de courir, il faut partir à point"? Oui et non. C'est surtout une formule pour me calmer. Et calmer les autres autour de moi, aussi. Ça vient de mon expérience de gestionnaire et de développeur de produits d'information juridique. Oui, oui, j'ai fait ça pendant longtemps longtemps. De l'édition juridique. Ça consiste à demander à un avocat qui facture 400 dollars de l'heure de consacrer toutes ses fins de semaine pour au moins une année à écrire un ouvrage de doctrine juridique, en échange d'environ dix dollars de royautés, s'il est chanceux.

Au cours du processus, tôt ou tard, l'auteur panique. "Je ne serai jamais capable", "Ma femme veut me tuer", "Pourquoi me suis-je embarqué dans ce projet de fou?". "Je suis dans la m...".

À ce moment, l'auteur perd un temps précieux à s'énerver. À tenter d'aller plus vite en bâclant. À se donner l'impression d'avancer en courant en avant, ou même a rebrousser chemin. Tel un noyé qui se débat, il risque de s'enfoncer davantage s'il ne retrouve pas son calme. De même, celui qui tente de le sauver, en l'occurence son éditeur, doit l'approcher avec prudence pour ne pas se faire emporter au fond avec le malheureux ou manger des tapes.

Il faut ralentir.

Tout d'abord, si l'auteur est dans la merde, c'est exactement là où il devrait être. C'est un excellent signe. Ça veut dire qu'il a avancé jusque là, et qu'il prend conscience de la difficulté. Tant qu'on est sur le rivage et qu'on ne fait que penser à se lancer dans un projet, tout va bien. Tout le monde peut le faire. Mais ce n'est pas pour rien que tous ne se lancent pas. C'est parce qu'écrire, c'est dif-fi-ci-le. Donc, si on se trouve en difficulté, c'est qu'on est au bon endroit.

Une pause est alors requise.

Une pause pour s'assurer de la solidité des bases construites, pour refocaliser la direction, si nécessaire, pour faire des mathématiques. Ou de la géométrie.

Quel est notre arc narratif? Même dans un ouvrage juridique, il y en a un. Quand on écrit, on raconte toujours une histoire. Quelles sont les projections que l'on peut faire à partir du travail déjà effectué. Au point de vue du développement dramatique, de l'argumentaire. De la somme de travail qu'il nous reste à accomplir. De la distance qui nous sépare encore de la rive opposée? Ce n'est pas la connaissance qui cause la panique, c'est l'ignorance.

Il ne faut pas hésiter à faire des petits dessins.

Parfois, les mots ne veulent plus rien dire. On est en indigestion. Parce que les mots sont à la fois le matériau de notre récit et l'outil avec lequel on tente d'organiser notre pensée pour le faire avancer. Le cerveau ne fait plus la différence. Les maths, le dessin, la géométrie, ou quelqu'autre outil de réflexion avec lequel on peut exprimer le problème auquel on fait face devient très utile pour y voir plus clair.

Il arrive toujours un point dans mon travail d'écriture où je doit synthétiser le récit en chiffres ou en équations pour varier l'allure de la représentation mentale que je m'en fais. On peut aussi utiliser une autre langue, si on en parle plusieurs, pour réfléchir. On parvient alors à trier plus facilement les idées (le bon grain), des mots (l'ivraie) afin de les remettre à leur place. Leur rappeler qu'ils ne sont là que pour illustrer une idée. Pas l'inverse.

Ce genre d'exercice cause un ralentissement, au moins en apparence. Mais il permet d'atteindre ses cibles plus rapidement.

L'exercice de la semaine: allez visionner des vidéos d'Alain Prost, lorsqu'il pilotait des Formules 1. On ne le surnommait pas "le professeur" pour rien. Pas de dérapages, tout est coulé. Il disait "plus ça se passe lentement dans le cockpit, plus on va vite sur la piste".

Pour aller vite, il faut aller... comment? Oui, c'est ça: len-te-ment.
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22 avril: Une belle rencontre

4/22/2013

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J'ai eu le plaisir de rencontrer deux classes de 3e année dans le cadre du Festival littéraire Metropolis Bleu. Ça se passait à la bibliothèque Salaberry, à Montréal. Ils étaient trente-quatre et, tel que prévu, on a bien rigolé. C'est un atelier d'écriture auquel je les ai conviés. J'appelle ça "Les heureux hasards". On commence par trouver un titre et un thème ensemble, par des jeux de cadavres exquis d 'adjectifs, de verbes et de ce genre d'ingrédients. Ensuite, on écrit tous la même première phrase. Aujourd'hui, c'était "Il était une fois une Reine malicieuse qui mangeait vraiment lentement". Ensuite, chacun écrit sur sa feuille une phrase pour suivre la première. Après, et c'est là que le plaisir commence, on passe la feuille au voisin pour qu'il écrive la phrase suivante. Du coup, on reçoit donc aussi la phrase de notre voisin de l'autre côté.  Les enfants et les profs ont été très cool. Et on a eu de bonnes histoires, avec un début, un milieu et une fin, comme je les aime. Évidemment, il y en a qui ont intégré des pets à leur histoire. C'est surtout pour ça que j'aime rencontrer des enfants de 3e année. Pour les inévitables pets qui surgissent immanquablement.
Merci à Line Richer, du Festival Metropolis Bleu, pour son immense dévouement et sa formidable efficacité.
Merci au personnel de la bibliothèque Salaberry. Vous faites du beau travail avec tous ces jeunes lecteurs qui fréquentent votre établissement et avec les auteurs qui vous visitent.
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16 avril : On parle de moi!

4/16/2013

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Betty Achard me fait l'honneur d'une gentille recension dans la revue Le Bel Âge. 
Elle dit que mon roman est inclassable. 
Dans le doute, j'ai décidé d'en être flatté.

Puis, à Radio-Canada (Ottawa-Gatineau), Andrée Poulin, chroniqueuse littéraire  à l'émission Divines tentations, dit toutes sortes de belles choses sur L'oreille absolue. Le lien est ici. Ça commence vers 6 min. 44 sec.
http://www.radio-canada.ca/audio-video/pop.shtml#urlMedia=http://www.radio-canada.ca/Medianet/2013/CBOF/Divinestentations201304130917.asx

Le magazine Internet Culture hebdo publie aussi une brève sur L'oreille absolue, qui le recommande hautement à ses lecteurs:

"Le milieu musical classique décrit comme jamais
 Vous les voyez à l’orchestre ces musiciens harmonisant leurs instruments sous la baguette du chef d’orchestre dans des pages de Sibelius ou Glazounov. Mais qui sont ces êtres au plan humain. Vous aurez toutes les réponses ou presque dans L’oreille absolue un roman de Mathieu Boutin qui a entrepris des études au Conservatoire en violon. Instrument qui lui a été utile pour payer ses études de droit. Il raconte ici à travers Robert et David les chemins entrecroisés de deux violonistes. Le romancier qui aborde le roman adulte pour la première fois, nous peint la vie musicale classique au plan affectif et social. Beaucoup de tourments au demeurant. En passant c’est un livre que nous recommandons hautement."

http://www.culturehebdo.com/livres_mars_2013.htm


C'est la langue dans la joue que je dis "On parle de moi!". C'est en fait en référence à un bout de dialogue dans le film La discrète, dans lequel joue le fabuleux Fabrice Luchini. L'éditeur aigri avec lequel Antoine (le personnage joué par Luchini) a accepté de collaborer se moque d'un vieil auteur qui insiste pour que l'on tire son ouvrage à 1500 exemplaires, affirmant : "Vous les vendrez tous; on parle beaucoup de moi en ce moment!".

Une fois l'auteur parti, l'éditeur se tourne vers Antoine (Luchini) et lui dit quelque chose comme:

"On parle beaucoup de moi... Ah oui, comme quand il entre au Café: Alors, Monsieur Blanchard, comme ça va ce matin?"

J'avoue ne pas être au-dessus de ces vanités. Je prends plaisir à quelque attention qu'on puisse donner à mon roman et je rosis à l'idée qu'on puisse penser ou dire des choses jolies sur mon compte. À l'autre bout de ce spectre, je ne digère toujours pas que Bernard Pivot tarde tant à me transmettre ses félicitations.
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12 avrilUne jolie critique qui m'a fait plaisir, par l'auteur et blogueur Claude Daigneault

4/12/2013

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"Un deuxième bonheur de lecture s’avère ce premier roman pour adultes de Mathieu Boutin. Musicien, humoriste, faisant parallèlement carrière dans le monde juridique, il a aussi publié plusieurs livres jeunesse. Je crois qu’il n’en fallait pas plus pour m’inciter à lire ce livre. 
Dès les pages liminaires, l’humour se manifeste et on découvre une façon d’écrire farfelue. L’auteur multiplie les blagues et les courtes remarques amusantes en profitant d’un vocabulaire musical qu’il étale volontiers. Il ne se gêne pas non plus pour formuler ici et là des commentaires acides sur ce qu’il appelle « la fausse musique classique » tel « Con te partiro ». N’importe quelle situation peut être prétexte à un soubresaut de sarcasmes ou de commentaires délicieusement ironiques. 
Le roman est fondé sur le travail de quatre jeunes musiciens qui jouent devant des publics bariolés à l’occasion d’événements sociaux, de mariages, d’enterrements, de « partys » de bureau ou de banquets de toute nature. Ils sont membres d’un orchestre symphonique, mais ne roulent pas sur l’or. 
La venue inattendue d’un violoniste quinquagénaire et célibataire dans leur existence va faire prendre une drôle de tournure à leur travail à la pige. Sa mère alzheimer va s’inscrire dans la trame du récit comme une poignante tragi-comédie qui donne plus de profondeur au roman. 
L’auteur a une façon détachée et délicieusement amusée de traiter les rapports sexuels. Il se montre aussi poliment iconoclaste et son sens du ridicule lui permet d’élaborer de belles évocations de scènes gênantes. Sa description sarcastique d’une fête de membres du barreau a toutes les caractéristiques d’une pièce d’anthologie. Sa vaste connaissance du vocabulaire de la musique classique le sert bien dans la description des sentiments ou des émotions ressentis. 
Le lecteur bénéficie du roman comme d’une sorte d’apprentissage de l’écoute de la musique classique. 
Ce livre qui, au départ, m’avait semblé s’agiter dans plusieurs directions, acquiert vite une structure bien fondée et qui progresse avec assurance, jusqu’à la fin ultime qui s’avère totalement inattendue. 
Ce roman nous plaque au visage un sourire que quelques rebondissements moins drôles parviennent à peine à effacer. Je le recommande aux amoureux de la belle musique, mais aussi à tous ceux qui savourent les moments d’intimité bien vécus entre amis et amants. 
Disponible en format papier ou en format numérique dans les bonnes librairies. 
"

Claude Daigneault
lien: http://lanoraye.42blog.com
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10 avril - Mon look de radio.Entrevue à CIBL

4/10/2013

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J'ai eu le plaisir et le privilège d'être interviewé par Louis-René Beaudin, à l'émission le 4 à 6, à CIBL, mardi le 10 avril.

Vraiment, j'ai été charmé et épaté par la qualité de l'animation et celle des chroniqueurs que j'ai entendus.

De la belle jeunesse intelligente, vive et vaillante, qui redonne confiance en l'avenir.

Lien vers l'entrevue ici. J'entre en scène vers la 36e minute:

http://c1f1.podcast.ustream.ca/a/44444.mp3
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8 avril - Touché.

4/8/2013

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J'ai reçu ce mot d'une lectrice, dimanche:

"Bonjour, Je ne suis pas tombée par hasard sur votre roman. Une amie m'a fortement recommandé de me le procurer. Et j'ai compris pourquoi, après quelques pages J'en ai eu le souffle coupé. Vous décrivez des pans de nos vies. Mon mari et moi sommes musiciens et nos 2 filles étudient au Conservatoire. Vos références sont probalement les nôtres. Vos personnages sont originaux et ils sont vrais (ils ressemblent à des profs, des amis, des collègues) et votre histoire, si bien ficelée, est celle de musicens d'ici. Jusqu'ici, j'ai lu des histoires de musiciens d'ailleurs et enfin, vous décrivez avec des mots justes la dure réalité de ceux d'ici. J'aimerais bien que vous exploitiez à nouveau le filon. Merci de tout coeur pour ces heures d'agréable lecture. Bonne continuité."

Ce mot m'a beaucoup touché.

Lorsque j'ai publié mes premiers livres pour enfants, la série Bozo Nolet-Leclou, il est arrivé à quelques reprises que des parents de jeunes lecteurs me disent quelque chose comme  "Geoffroy (ou Olaf, ou Marie-Courge) s'esclaffait à tout bout de champ en lisant votre livre."

Rien ne pouvait me faire plus plaisir. Imaginer un instant que,  dans une maison, quelque part, un soir, un enfant rit. À cause de moi. 

Et là, cette dame, musicienne, qui a reconnu des morceaux de son univers dans mon roman, c'est comme une injection de vitamines.

L'écriture s'effectue dans la solitude et, pour moi en tous cas, dans le silence.

On part d'une idée. D'une scène qu'on a imaginée, d'une fin tragique ou d'un rebondissement farfelu. On travaille. Le récit s'organise petit à petit. Des milliers de décisions qui se prennent à la milli-seconde, ou qui nous hantent tout une fin de semaine. Le personnage devrait-il aller par ici ou par là? Pourquoi est-ce qu'elle porte un chapeau? Et de quelle couleur? Et pourquoi pas une  tuque?

À la fin, on ne sait plus rien. La fin de l'histoire survient quand notre capacité de décider est épuisée. Vas-y sans moi. Tu es grande maintenant. Prends tes propres décisions, dorénavant. Moi j'abandonne.

Et puis un jour,  une lectrice ramasse ton livre. Toutes ces décisions ridicules que tu as prises sur toutes ces situations inventées ou issues d'on ne sait où dans ton esprit, elle les rassemble et les organise dans sa tête à mesure que sa lecture avance. Elle les intègre à ses propres informations, aux détails de sa propre existence, et un sentiment ou une impression émerge de son expérience. Le verdict devient presque accessoire. "J'ai aimé cette histoire". "Je n'ai pas aimé cette histoire". 

Avouez que c'est fantastique.

Je suis pas mal chanceux, je trouve.
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